Bordeaux. « Du mieux pour les vieux » : en déambulateur et fauteuil roulant, ils réclament des moyens à Michel Barnier


Sur l’air de « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux », ils ont chanté à tue-tête ; « Qu’est-ce qu’on attend pour décider que tous les vieux méritent mieux, la loi grand âge, Monsieur Barnier, il serait temps de la faire avancer… » Juste après une courte sieste, et avant l’heure du goûter ce mardi 24 septembre, ils étaient une bonne cinquantaine devant l’Ehpad du Village Terre-Nègre à Bordeaux, sur le trottoir, ravis de manifester. Avec, en tête de proue, Vincente, accrochée à son déambulateur, debout et en colère : « J’ai 99 ans et je suis présidente du conseil de la vie sociale de l’Ehpad, harangue-t-elle. Je suis là pour finir ma vie et je ne veux pas d’un Ehpad morose, il sera rose. Pour ça, j’irai parler à Barnier, et même à l’autre, là, le ministre de l’Intérieur, Retailleau. En plus, notre chapelle est fermée pour travaux, alors on va dire des ‘‘Notre Père’’ tous les dimanches, jusqu’à ce qu’on ouvre les portes. A-t-on vu un village sans église ? »

Certes, la vibrante Vincente mélange un peu les revendications, mais le ton est donné. Pour la première fois, les résidents d’Ehpad ont manifesté dans la rue, partout en France, dans le cadre d’une mobilisation nationale, à l’appel de 18 fédérations du grand âge, pour dénoncer le manque de moyens. Le secteur est exsangue et le personnel, toutes catégories confondues, manque à l’appel. « Les aides-soignantes, elles courent tout le temps », regrettent Jeanine et Aude, respectivement 95 et 91 ans. « Elles font de leur mieux, on ne les blâme pas, mais les toilettes le matin pourraient être mieux. »

Le directeur de l’Ehpad Terre-Nègre, Emmanuel Chignon, préside la FNADEPA de Gironde, la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées : « 70 % des établissements pour personnes âgées sont aujourd’hui en déficit, qu’ils soient publics, privés, ou associatifs. Pour les résorber, nous demandons 1,4 milliard d’euros et 20 % d’effectifs en plus. Actuellement, en Ehpad, il y a en moyenne 65 personnels pour 100 résidents, il faut passer à 80. Le personnel comprend les soignants, les paramédicaux… »

« On n’est pas trop mal »

Marie-José, 84 ans hausse le ton. Elle vit en Ehpad depuis quatre ans. « Ici, on n’est pas trop mal, je le reconnais, mais on manque d’aides-soignantes. Par exemple, quand tu appelles, il faut attendre longtemps, elles sont toujours prises ailleurs. » Jean-Pierre, 75 ans est entré à l’Ehpad après une longue maladie, à contrecœur ; « On est bien traité, mais c’est tendu autour de nous. » Geneviève, 80 ans ajoute « Moi j’y suis parce que j’ai peur des appartements, mais il faut embaucher ça c’est sûr. » Tous ici ont le même point commun : ils partagent une fin de vie en collectivité parce qu’ils ne peuvent plus assumer un quotidien seuls, parce qu’ils n’ont nulle part où aller. Alors, ils n’osent pas trop critiquer, beaucoup hochent la tête, « on est bien traités »…

Dans dix ans, le nombre des plus de 80 ans va progresser de 45 % au moins. « Le grand âge, poursuit Emmanuel Chignon, est pris en étau entre l’accroissement des besoins d’accompagnement d’une population vieillissante, des moyens contraints, et une augmentation des charges et des exigences en termes de normes. Il ne faut pas nous résoudre à faire des choix humainement inacceptables. À Terre-Nègre, malgré les coûts générés par l’inflation, nous n’avons pas négocié sur la qualité et la quantité de la nourriture, par exemple. C’est la base. »



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